photo d'une mannequin habillée par Christian Dior
Lifestyle

Les années 40 et 50 pour une mode à la française au sommet

Comme toutes les femmes, j’aime être habillée comme il faut et quand il faut. Et par ailleurs, je m’intéresse à l’historique des choses et des sociétés. Depuis quelques temps, sans doute influencée par les films sur Yves Saint Laurent, j’ai eu envie d’en savoir plus sur la génèse du prestige de la mode à la française. Et finalement, la période de la fin des 40ies et les 50ies m’ont bien passionnées. Je vous partage un résumé de cette décennie folle d’après guerre.

Pour un prestige durable de la mode française

Les années 1950 ont été une période cruciale pour la haute couture française, fortement réduite par la crise de 1929 et par la seconde guerre mo,ndiale. Durant cette décennie, Paris fut à nouveau la capitale mondiale de la mode, qui connut une renaissance sous l’impulsion de grands noms tels que Jacques Heim, Chanel, Schiaparelli, Balenciaga ou Jacques Fath, suivi de Balmain, Christian Dior, Jacques Griffe, Hubert de Givenchy ou Pierre Cardin. Ils ont tous contribué au prestige durable de la mode française, synonyme de luxe, d’élégance et de créativité, mais aussi à la volonté d’apporter leurs réalisations au prêt-à-porter, de la naissance du New Look à la mort de Christian Dior et à l’arrivée d’Yves Saint Laurent.

Christian Dior, dix ans entre la première collection et sa disparition en 1957

Le 12 février 1947, la présentation de la première collection de Christian Dior, récemment installée sur l’avenue Montaigne, changea à jamais la scène de la mode avec une nouvelle silhouette féminine décrite par Carmel Snow, rédactrice en chef du magazine de mode Harper’s Bazaar, comme New Look. Les mannequins qui défilaient dans les couloirs de la maison portaient des costumes de formes et de longueurs révolutionnaires.

Les jupes larges, longues et creuses avec des jupons ont un impact après des années de restrictions de la Seconde Guerre mondiale. Les tailles maximales marquent le retour de la corseterie. Les jupes exagérées ajoutent du style à la silhouette redessinée. Les épaules étroites et les larges encolures représentent une nouvelle féminité, l’image de toute la décennie. De part et d’autre de l’Atlantique, la collection fait scandale.

La mode des années 50 est dominée par des créateurs masculins, qui subliment la féminité mais aussi la corsettent. Jacques Fath en est l’un des architectes. Cristóbal Balenciaga, maître des maîtres, écrit la seconde moitié du siècle avec ses ciseaux et ses tissus de volumes architecturaux. Et d’autres, comme Jacques Heim, Jacques Griffe, Jean Dessès et Antonio del Castillo, bientôt rejoints par Pierre Cardin et Hubert de Givenchy, collaborent à la construction d’une idée d’élégance, selon certains, jamais dépassée. Rebelle contre cette domination de l’air rétrograde, Mademoiselle Chanel prépare son retour. En 1954, sa collection, d’abord ignorée puis applaudie, consacre son célèbre costume de veste comme une solution vestimentaire contemporaine indiscutable. Une silhouette androgyne s’installe, annonçant les transformations de la décennie suivante.

Avec la disparition soudaine de Monsieur Dior en 1957, le répertoire idéalisé des années 1950 prend fin. « Un visage émerge des ombres. Yves, le dauphin de 21 ans », titrait en 1957 Paris Match. Yves Mathieu Saint Laurent, que Dior considère comme son héritier spirituel, est nommé directeur artistique du cabinet. Les chiffres montrent la différence : 106 maisons en 1946, seulement 60 en 1952 et 36 en 1958. Les années 1950 ont immédiatement précédé l’arrivée du prêt-à-porter, favorisant son apparition et la « menace » de la démocratisation de la mode, phénomène pour lequel la haute couture ne pouvait guère trouver de réponse appropriée. Tout cela explique sans doute pourquoi les années 1950 et son chic radical sont un jalon dans l’histoire de la mode.

Mademoiselle Chanel détestait les lignes 8, H, A et Y

Dans les années 50 la robe des femmes ressemble à un dictionnaire sans traduction dans notre journée. Les lignes « 8 », « H », « A » ou « Y » dictent les mouvements et longueurs souhaités par le couturier pour les vestes et robes. Dans les ateliers et salons de haute couture, les costumes de vestes et autres modèles sont « baptisés » : « Bonbon », « Bernique », « Espéranto » ?

Cette poésie, que Mademoiselle Chanel déteste et qualifie de « couturière » – elle préfère identifier ses créations par des chiffres – est diffusée dans les magazines de mode et les médias. Dans la soixantaine de maisons de haute couture en activité au début des années 1950, un système de licences et de lignes plus accessibles a été mis en place, comme l’Université Jacques Fath, Heim Jeunes Filles, Lanvin Boutique, pour les clients qui n’ont pas eu le privilège de fréquenter les salons. Le reste des femmes se retrouve avec les vêtements les moins sophistiqués ou les modèles publiés dans les magazines de mode. Jusqu’aux années 1960, chaque femme était une couturière capable de reproduire les modèles qu’elle aimait. L’accessoire indispensable (gants, chapeau, sac à main…) complète la silhouette.

Balenciaga, l’homme invisible de la mode

« La mode de Balenciaga, faite de raffinement français et d’ardeur espagnole, est pure et équilibrée. Pas d’improvisation, pas de concessions. Ses costumes de veste, aux coutures révolutionnaires, sont impossibles à copier et ses somptueuses robes du soir, au contraire, semblent douées d’une simplicité miraculeuse ». L’article paru dans Paris Match en 1951 évoque en ces termes le mystère Balenciaga. L' »homme invisible de la mode » est décrit comme une « énigme qui, paradoxalement, lui a donné plus de publicité que les échos les plus forts ». Le couturier s’installe à Paris en 1937. Ses collections magistrales ont été appréciées dans l’intimité de ses salles de l’avenue George V.

Jacques Fath, la mode légère

La maison Jacques Fath a été inaugurée en 1937 mais a vraiment décollé dans les années 1940, proposant une mode légère, gaie et pleine de fantaisie, à l’image de son créateur. Le couturier, conscient de l’importance des médias pour l’image de sa marque, attire l’attention du public par autopromotion, que ce soit lors d’un bal costumé ou à la sortie d’une salle de bain.

Dans la lignée du New Look initié par Dior, Fath joue avec l’asymétrie des volumes, avec le remodelage d’un corps féminin idéalisé et aussi avec la stylisation de la silhouette.

Jacques Heim pour Heim Jeunes Filles

Après avoir hérité de l’entreprise familiale de fourrure, Jacques Heim diversifie l’entreprise en 1925 et fonde une section haute couture. En 1936, il ouvre Heim Jeunes Filles au rez-de-chaussée. Le style du designer s’inspire de la tradition française avec modération et élégance, et s’appuie sur l’expérience d’ateliers renommés. Heim introduit l’utilisation de tissus, comme le coton, jusqu’alors sous-estimés en haute couture. Il fait aussi des économies en broderie et ornements, attirant ainsi une clientèle jeune et contribuant à la promotion du prêt-à-porter naissant.

Carven, Madame Carven parle aux femmes plus petites

La maison de haute couture Carven est née dans un appartement des Champs Elysées en 1944. Consciente qu’à l’époque, les couturières ne s’habillaient que de grandes et minces femmes, sa fondatrice Madame Carven décida de s’adresser à une clientèle tout aussi élégante mais, comme elle, plus petite. En conséquence, Carven est rapidement devenue l’idole des jeunes femmes. Sa mode reflète cette caractéristique. Il introduit des tissus modestes et légers comme le coton et le lin.

En 1950, Carven rejoint Dessès, Fath, Paquin et Piguet pour former Couturiers Associés. Les cinq collaborent avec sept fabricants et chacun d’eux crée deux robes de ville chaque saison, trois manteaux, dont un imperméable, et deux costumes.

La distribution de ces modèles à des prix abordables dans les boutiques régionales annonce l’avènement du prèt-à-porter. « L’espéranto, un costume composé d’une jupe et d’une veste, porte l’étiquette Carven. En laine d’alpaga blanche de la maison Buche, le buste est recouvert de traces architecturales réalisées avec une crinière noire de Rébé, qui sont croisées et séparées sur un corps bien ajusté. C’est la silhouette d’une femme de 1951, ultraféminine grâce à la révolution New Look. C’est une structure authentique qui cherche à mettre en valeur le buste et la taille en prolongeant, par des remplissages, les jupes de la veste. Il s’agit d’une ressource issue de l’emblématique costume « Bar » de la première collection Dior.

Madame Grès, pas assez reconnu par l’histoire

Madame Grès s’est fait connaître dans les années 1930 et 1940 pour son habile drapage, qu’elle applique aussi bien aux costumes de nuit qu’à ceux de jour. En tricot de soie ou de laine, les plis qu’il marque et prépare dans ses ateliers ont forgé sa renommée au point de parler de ses modèles comme de véritables chefs-d’œuvre. Les années 1950 et 1960 ont injustement dissimulé l’influence de son œuvre. Moins présent dans la presse de l’époque, il ne cesse d’être le créateur de vêtements uniques par rapport à ceux de ses contemporains.

Pierre Cardin, le futuriste

Pierre Cardin est apprécié pour ses vêtements futuristes, avec lesquels il a inventé les années 1960 et suivantes. Mais ce couturier visionnaire a créé sa marque dès 1953, après avoir participé à l’aventure de la nouvelle maison Dior en 1947. Excellent créateur et tailleur, on dit que c’est lui qui a coupé et assemblé la célèbre veste costume « Bar », sous la direction de Christian Dior. Après trois ans de collaboration, il devient indépendant et oriente son travail vers les costumes de théâtre et de danse.

Aussi, à la création de costumes de veste et manteaux, dans lesquels il excelle. Cardin fait partie de cette généalogie des couturiers qui savent dessiner, couper et coudre. En 1958, il incarne la nouvelle génération du créateur de mode. Ses connaissances techniques, associées à la recherche de nouveaux matériaux, ont fait de lui l’héritier des années 1950, bien qu’il ait été l’architecte de ses percées stylistiques.

L’utilisation du tweed, la longueur de la jupe et les manches montrent que ce costume date de la fin des années 1950. Le large cou d’esclave, ainsi que l’économie des ornements, à l’exception d’une rose en tissu laminé, annonçaient déjà les années 1960 et leurs projets de simplification des formes.

Je poursuivrai cette revue dans un prochain article.